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Interview de Serge Betsen sur l’actualité du rugby en France

Tournée d’Automne 2018

Quels sont vos pronostics pour l’équipe de France lors de la tournée d’Automne 2018 ?

Je pense que cette tournée va être difficile pour la France car il y a beaucoup de joueurs blessés actuellement. Je pense que l’équipe sera capable de se défendre et d’être compétitive mais cela ne va pas être facile d’assurer une série de victoires. Ceci étant dit il y a beaucoup de très bons joueurs qui sont en train de se révéler dans l’équipe de France donc du point de vue national, la saison s’annonce intéressante. Je suis aussi heureux de voir Camille Lopez en tant que titulaire, cela va amener une dynamique positive à l’ensemble de l’équipe.

Qu’avez-vous pensé-du premier match de la France ?

Quel match de la part de l’équipe de France ! Je suis très fier des Bleus malgré cette défaite à 1minute 30 de la fin. L’équipe de France a assuré sur ses points forts : les mêlées et les touches … sauf sur les derniers essais. On a pu voir une charnière de rêve et très complémentaire. Un match où le suspens a été maintenu jusqu’au coup de sifflet final. La stratégie a été bonne, ce qui a manqué c’est le management de Camille Lopez qui à mon avis n’aurait pas dû sortir. Cela promet une rébellion contre l’Argentine ! Il y a des défaites qui sont constructives et positives en fonction de la manière dont on les analyse.

L’Argentine a une attaque très fluide. Pensez-vous que l’équipe française va être en difficulté face au jeu des Argentins ?

J’espère que la France va battre l’Argentine en novembre, ça fait un moment que la France court après une victoire contre cette équipe. Mais ce sera un match très serré. L’Argentine a fait beaucoup de progrès depuis qu’ils jouent les Four Nations et on l’a encore vu lors du match contre l’Australie, un match référence pour mesurer leur potentiel à jouer contre les grandes nations de rugby. Je m’attends donc à un jeu très serré et un jeu ouvert de la part des deux équipes.

Qui seront les joueurs clefs lors des tests d’Automne ?

Teddy Thomas va être un élément clef lors des tests d’Automne. C’est un superbe joueur qui grâce à sa vitesse déstabilise beaucoup de défense et c’est ce dont la France a besoin pour être invincible cet Automne.

Guilhen Guirado est exceptionnel mais je pense que c’est sa dernière tournée en tant que capitaine de l’équipe de France. Le capitaine qu’il est fera tout pour gagner la Coupe du Monde – son dernier objectif dans une compétition de cette envergure. Il sera intéressant de voir comment il parvient à mener son équipe pour cette dernière Coupe du Monde.

Louis Picamole est revenu récemment après son exclusion. Que pensez-vous de ce joueur ?

Picamole est un joueur cadre de l’équipe de France, c’est bien de le voir revenir. Il est très puissant et fort au contact donc c’est un joueur clef dans le système de jeu français. Je pense que la puissance de Picamole est essentielle pour que la France puisse faire face à des équipes solides dans leurs attaques. D’autre part, il me tarde de voir la complémentarité du trio formé par Itturia, Lauret et Picamole.

Demba Bamba et Guillaume Marchand sont les nouvelles recrues. Que pensez-vous de ces deux joueurs qui passent en équipe nationale ?

Bamba et Marchand se sont démarqués lors de la Coupe du Monde pour les moins de 20 ans donc ça va être intéressant de les voir évoluer dans l’équipe nationale. Ils sont jeunes et continuent à progresser et à apprendre. Maintenant qu’ils ont un pied dans l’équipe nationale à eux de gagner en confiance et de croire en leur potentiel pour s’y installer complètement.

Que pensez-vous du fait qu’Aliverati Raka et Paul Willemese n’aient pas été appelés pour rejoindre l’équipe nationale ?

Il faut qu’il y ait une pénurie au niveau national pour aller chercher des joueurs sur d’autres hémisphères. C’est très bien de voir que l’on est capable de construire une équipe nationale française avec des joueurs issus de la formation française.

Les 6 Nations et la Coupe du Monde

Quel a été l’impact de la victoire contre l’Angleterre lors du Tournoi des Six Nations?

La victoire de la France contre l’Angleterre lors du tournoi des Six Nations l’année dernière à Paris a été une belle performance. Elle m’a permis de vivre une année sereine à Londres sans trop de remarques désagréables.
Mais je pense que ce sera complètement différent en février à Twickenham. L’équipe anglaise va revenir plus forte que jamais pour battre la France. Je ne sais pas quelle sera la composition de l’équipe française, il y a beaucoup de joueurs aux postes charnières qui n’ont pas pu jouer de manière régulière donc on est un peu dans l’incertitude. En tout cas, j’espère que l’équipe saura se souvenir de la « recette magique » de leur dernier affrontement pour battre à nouveau les Anglais.

Malgré les défaites contre le Pays de Galles et L’Irlande, pensez-vous que l’équipe française ait fait des progrès ?

Je pense que les Bleus auront l’impression de ne pas avoir progressé en termes de position dans le tournoi des Six Nations mais leur style de jeu et la perception globale de l’équipe s’est nettement améliorée. Il y a eu des progrès au niveau de l’engagement des joueurs, de leur volonté de jouer ensemble mais aussi au niveau de leur discipline – ils ont d’ailleurs été très peu pénalisés dans leur jeu.

Le facteur clef du succès des Bleus reste le jeu autour des phases statiques (touches, mêlées). C’est cette structure sur laquelle ils doivent s’appuyer à l’avenir pour pouvoir transformer les opportunités en essais et en points. Lors du dernier tournoi des Six Nations on a vu un jeu plus construit de leur part et difficile à lire par la défense et c’est exactement ce qui met les adversaires en difficulté.

Que doit faire la France pour gagner les Six Nations?

L’engagement et l’enthousiasme sont là, mais ça ne suffit pas… Il faut être performant durablement. Le jeu demande plus de précision dans les détails et dans la stratégie à mettre en place. Avoir cette rigueur et ce souci du détail permettra aux Blues plus de cohérence et de régularité dans leur jeu.


L’équipe Française a montré ce dont elle était capable contre la Nouvelle Zélande avec des hauts et des bas, des moments d’excellence mais aussi des moments plus difficiles. Les Bleus sont maintenant arrivés à un stade où leur jeu fonctionne mais il leur manque cette régularité pour vraiment s’installer dans la continuité et construire un jeu gagnant comme on l’a vu lors de la victoire contre l’Angleterre, ou même lors du premier match contre l’Irlande (malgré leur défaite).

La France sera t- elle un adversaire de poids lors de la prochaine Coupe Du Monde au Japon ?

Je pense que la France est un adversaire que l’on doit prendre au sérieux lors de la Coupe du Monde au Japon. Cela va être difficile de jouer contre les nations de leur poule mais la France va viser les deux premières places pour se qualifier, puis viser les quarts de finale. Je pense que la Coupe du Monde l’année prochaine sera un beau challenge pour l’équipe.

Pour vous, à quoi ressemblerait une bonne performance de l’équipe française pendant la coupe du Monde.

Je ne pense pas que la France puisse gagner la Coupe du Monde et quelle ira plus loin que les quarts de finales. A présent ce qui importe c’est de faire les choses étape par étape et d’aller loin dans la compétition.

Vous avez joué contre l’Angleterre en 2003, que pensiez-vous de l’équipe anglaise à l’époque ?

Je pense que l’équipe anglaise qui a gagné la Coupe du Monde en 2003 était phénoménale et c’était un formidable challenge de jouer contre elle. Les avants ont joué un rôle essentiel dans le nombre d’essais que l’Angleterre a marqué lors de ce match.
On parle toujours du drop goal de Wilkinson mais on ne parle jamais assez du travail des avants.

Le Top 14

Que pensez-vous du Top 14 jusqu’à présent

Le Top 14 est une des meilleures compétitions européennes et je pense que le début de la saison est prometteur. J’ai vu beaucoup d’enthousiasme de la part de nombreux joueurs. L’équipe qui s’est démarquée pour moi, c’est Toulouse. Toulouse nous a montré un jeu efficace et très équilibré grâce à des joueurs dans des positions charnières. Toulouse a retrouvé sa colonne vertébrale, comme on dit dans le milieu, avec son talonneur, sa troisième ligne, ses ouvertures, des demis (9 et 10) très entreprenants et ses arrières en réussite.

Que pensez-vous des investissements faits dans le Stade Français pour le transformer et faire monter sa côte ?

Je pense que l’aspect financier est important pour faire grandir le club mais le Stade Français doit aussi s’assurer que les joueurs bénéficient de ces investissements. Cela signifie que les joueurs doivent recevoir un soutien adéquat pendant leur carrière au club mais aussi à la retraite, ce qui est souvent “oublié” par les clubs.

Les joueurs et la communauté autour du club doivent faire l’objet d’investissements pour que le Stade Français puisse développer son histoire et accroître l’intérêt de plus de supporters.

Sur la nomination d’une nouvelle équipe d’encadrement : quel est l’impact sur le jeu du Stade Français

Le club a vraiment bénéficié de la nouvelle équipe de coaching. Le Stade Français semble être beaucoup plus efficace dans son jeu. Cela va les aider à devenir un club plus mature et à se développer sur le long terme en faisant de meilleures performances dans le Top 14. Voir Pieter de Villiers revenir à ses premiers amours avec son expérience de coach international avec l’Afrique de Sud, c’est très positif.

Est-ce que Lyon est l’Outsider cette saison du Top14 ?

Lyon est l’outsider de la compétition, capable de faire de très belles choses dans le Top14. Ils se développent énormément en ce moment et leur performance en demi-finale du Top 14 la saison dernière a été incroyable. Le club est en train de travailler sur son ADN et sa culture et le jeu s’en ressent.

Votre avis sur Toulon cette saison et ses recrues internationales ?

Les recrues internationales au vue des résultats du club n’ont pas encore porté leurs fruits, l’adaptation ne s’est pas encore faite. Malgré les difficultés du club je trouve courageux qu’on garde confiance en l’entraîneur. Il y a de nombreux exemples où l’entraîneur a été remercié au bout de quelques défaites. Toulon est dans une phase très difficile et je leur souhaite des résultats plus positifs à l’avenir.

La question du plaquage

Vous êtes connu pour votre technique de plaquage, on vous surnommait « La Faucheuse » … Il y a eu beaucoup de polémiques autour des dangers du rugby récemment, pensez-vous que les joueurs devraient être mieux protégés ?

Je ne pense pas que les joueurs aient besoin de plus de protection malgré les récentes blessures dont on a parlé. Les règles du rugby sont assez protectrices si les joueurs s’y tiennent et les respectent. On a vu beaucoup de cartons à la suite du durcissement de l’arbitrage. Maintenant le droit au contact lors du plaquage ne peut se faire qu’en dessous de la ligne des épaules de l’adversaire, le but étant d’éviter de toucher la zone de la tête.

Ce qui m’importe le plus c’est : comment s’assurer que les joueurs respectent ces règles afin de protéger la santé de tout le monde sur le terrain. Je préconiserais que le défenseur plaque au niveau de la taille (à partir de la taille jusqu’aux chevilles) ce serait à mon avis la seule chose à changer. Les coaches devraient former les joueurs à plaquer différemment car la technique du plaquage est vraiment au cœur de la question de la sécurité du jeu. La réponse est dans la méthode d’entraînements et pas dans le changement des règles.

Est-ce difficile de jouer autant de matchs avec le calendrier des rencontres internationales de rugby ?

Je crois fermement que les joueurs internationaux devraient avoir un temps de repos obligatoire plus important et un nombre limité de matchs annuels.

Les joueurs internationaux doivent s’assurer qu’ils sont en bonne forme et qu’ils ont récupéré à 100% avant de jouer un nouveau match. Les matchs internationaux sont très intenses et chaque joueur sera testé non-stop par son opposant direct pendant 80 longues minutes.

Les équipes de l’Hémisphère Sud appliquent ces restrictions et s’assurent que les joueurs ne jouent pas plus de 35 matchs par an pour justement permettre cette récupération. Si on regarde du côté de la Nouvelle Zélande, on donne à certains joueurs des mois de répit pendant lesquels ils jouent pour d’autres équipes, on peut citer Dan Carter, Sonny Bill Williams et Ricchie McCaw comme exemples.

Il faudrait standardiser ces pratiques, le corps humain ne peut simplement pas assurer plus d’un certain nombre de matchs. Les choses commencent à bouger avec par exemple le mois de récupération supplémentaire donné aux internationaux mais il faut aller plus loin dans ce sens.

On parle beaucoup de burnout dans le milieu professionnel mais ça s’applique aussi au milieu du sport professionnel. Il est essentiel de maintenir la fraîcheur physique et mentale de nos athlètes pour assurer une performance qui s’inscrit dans la durée.

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